Enregistrements de la journée d'étude : "Des neurones et des hommes : quelle épistémologie pour la recherche en neurosciences ?"

19/03/2013 de 9h30 à 17h30

Vous trouverez ci-dessous les résumés des interventions de la journée du 19 mars 2013 ainsi que les enregistrements sonores correspondants. L’objectif de cette journée était d’élaborer une réflexion interdisciplinaire sur la façon dont les neurosciences construisent un savoir, à travers l'étude des outils et des méthodologies employées ainsi que l’examen de la légitimité à passer des données expérimentales recueillies aux diverses applications pratiques qui se font jour dans la société.

9h30 – 9h45 : Accueil des participants

9h45 – 10h15 : Krystèle Appourchaux – Introduction
 

10h15 – 11h : Jean-Philippe Lachaux, Directeur de recherche à l’INSERM de Lyon.

 

« Le développement de techniques d'entraînement de l'attention déduites des neurosciences »
Les connaissances déduites des neurosciences cognitives sur le fonctionnement du cerveau humain nous permettent d'expliquer avec toujours plus de détails les mécanismes, et les limites, de l'attention : les raisons pour lesquelles nous nous laissons si facilement distraire, par exemple. Ces nouvelles connaissances sont de plus en plus en lien avec les questions pratiques que chacun peut se poser dans sa vie quotidienne : pourquoi ai-je oublié mes clefs ? pourquoi ai-je dû relire trois fois cette phrase avant de la comprendre ? Dans cet exposé, je relaterai une expérience menée depuis deux ans pour déduire des neurosciences cognitives des conseils, voire des techniques, permettant de reprendre la maîtrise de son attention. Je prendrai le cas particulier d'un travail mené avec des enseignants de lycée, illustrant un transfert possible depuis les expériences de laboratoire jusqu'à la salle de classe, avec un changement des pratiques d'enseignement.

11h15 – 12h : Claire Petitmengin, Professeur à l’Institut Mines-Télécom (Télécom EM).
 

« Les enjeux d’une science de l’expérience vécue pour les neurosciences »
Jusqu’à récemment, l’expérience humaine était exclue du champ d’investigation des neurosciences, les rapports "en première personne" étant par définition considérés comme non fiables. Cette exclusion a eu d’importantes répercussions dans le domaine clinique, la maladie – notamment neurologique et psychiatrique - étant essentiellement conçue comme un dysfonctionnement de mécanismes neurophysiologiques qu'il s'agit d'identifier et de réparer.  Seul est pris en compte le "corps-objet", le corps vécu étant pratiquement ignoré.
Si les conditions de possibilité d’une discipline scientifique sont bien, comme Francisco Varela les définissait (The View from Within, 1999) : un domaine d’investigation, des procédures pour accéder à ce domaine et le décrire, des procédures de validation, et une communauté de chercheurs entraînés à ces procédures, dans quelle mesure sont-elles aujourd’hui réunies pour l’étude de l’expérience vécue ?  Quelles sont les conditions et modes d’articulation de cette discipline émergente avec les neurosciences, et quelles nouvelles voies d’investigation ouvre-t-elle, notamment dans le domaine clinique ?

12h – 12h45 : Jean-Luc Petit, Professeur de philosophie à l’Université de Strasbourg.
 

 « Modèle neurodynamique et expérience humaine »
Parallèlement à l’extension et à l’affinement des connaissances sur le fonctionnement cérébral, les neurosciences des 30 dernières années semblent avoir changé de posture théorique. Leur traditionnelle limitation à l’observation de dysfonctionnements consécutifs aux lésions cérébrales chez l’homme (lésions expérimentales sur le modèle animal) avait d’abord favorisé une conception statique subordonnant les fonctions cognitives aux structures anatomiques et encourageant une attitude réductionniste à l’égard des « illusions » de l’expérience subjective. La disponibilité de nouveaux modes d’enregistrement non invasifs de l’activité cérébrale pendant la réalisation de tâches cognitives (ou autres) a remplacé ce déterminisme causal par une approche de préférence corrélationnelle et interactionnelle. Alternativement émotionnelle, perceptive et motrice, l’expérience des sujets se révèle sous-tendue par des architectures fonctionnelles transitoires qui, elles-mêmes, renvoient à de continuelles synchronisations et désynchronisations des réseaux neuronaux, selon un rapport de simulation dynamique entre niveaux d’organisation distincts que les modèles analogiques sont mieux à même de ressaisir que des lois causales strictes. Ce changement concerne une épistémologie des styles scientifiques, mais la question se pose aussi de savoir si l’usage de la recherche dans l’expertise en sera transformé. L’expertise à base de science déterministe se voulait prédictive : en contexte de neuroscience modélisatrice que devient la profession? 

12h45 – 14h15 : pause déjeuner

14h15 – 15h : Maxence Gaillard, doctorant à l’ENS Lyon.
 

« Peut-on lire la pensée dans le cerveau ? »
Les diverses technologies d'imagerie cérébrale suscitent aujourd'hui de nombreuses réflexions en éthique. La possibilité de développer des "lecteurs de pensée" ou des "lecteurs de cerveau" promettent notamment l'avènement d'une nouvelle génération de détecteurs de mensonge et pousse certains auteurs à interroger la notion de privauté mentale. Mais en quel sens peut-on dire que certaines technologies contemporaines de neuroimagerie permettent de lire la pensée ? Que signifie cette formulation et jusqu'où peut-on aller technologiquement ? Le but de cet exposé est de montrer qu'il y a un décalage entre les discours qui affirment la possibilité de lire dans la pensée et ce dont il est réellement question dans les progrès scientifiques et technologiques de ces dernières années.

15h – 15h45 : Baptiste Moutaud, Chercheur postdoctoral au CERMES3 - Centre de recherche Médecine, sciences, santé, santé mentale, société.
 

 « Produire des connaissances, produire du soin en neurosciences. Une courte histoire de la stimulation cérébrale profonde »
La stimulation cérébrale profonde (SCP) est une technologie neurochirurgicale utilisée comme traitement symptomatique de tout un panel de troubles neurologiques et psychiatriques. Elle est devenue aujourd’hui l'un des grands espoirs thérapeutiques des neurosciences. Située à la frontière de nombreuses disciplines cliniques ou de recherche et s’inscrivant dans un héritage controversé de la psychochirurgie, son application à des troubles psychiatriques pose la question de savoir quelle forme de soin et de recherche émerge de son expansion.
En retraçant l'histoire locale de son utilisation dans un centre de neurosciences français, nous souhaitons éclairer les différentes logiques de pratiques et usages qui soutiennent et structurent le développement et la circulation de cette technologie biomédicale. Ainsi, nous montrerons comment, au-delà de ses effets thérapeutiques, la SCP est un puissant outil de recherche qui s’inscrit dans le programme scientifique des neurosciences en autorisant l’exploration in vivo chez l’homme des rapports entre émotions, motricité et comportements. L’histoire de la SCP ne doit donc pas être seulement une histoire des controverses en psychiatrie ou une histoire internaliste de son développement technique, mais celle des dispositifs de soin et de recherche qui la soutiennent.

16h – 16h45: Jérôme Sackur, maître de conférences en Sciences Cognitives à l’ENS Paris.
 

« L'individuel, le subjectif et le réflexif au prisme de l'expérimentation »
Traditionnellement, l'approche expérimentale en psychologie ne fait pas bon ménage avec ce qui relève du subjectif: expérimenter implique en première approche de gommer les différences individuelles pour chercher les effets de groupe; par ailleurs l'expérimentation s'appuie en général sur la collecte de données issues de comportements observables, ce qui semble précisément évacuer la dimension du vécu subjectif. Dans cet exposé, je souhaiterais suggérer que les choses sont peut-être plus complexes. La répudiation apparente du subjectif en psychologie expérimentale est sans doute plus affaire de choix théorique, souvent inconscient, que d'incompatibilité méthodologique. Pour ce faire, je m'appuierai sur une relecture de l'histoire récente des sciences cognitives, en insistant sur leur neutralité théorique en ce qui concerne la place de la subjectivité. Par ailleurs, je montrerai sur quelques exemples issus de domaines aussi divers que celui de la perception visuelle et de la rêverie éveillée, comment on peut faire droit au subjectif au sein d'une démarche expérimentale.

16h45 – 17h30 : Bernard Pachoud, maître de conférences en Psychologie à l’université Paris-Diderot.
 

 « Place des facteurs neurobiologiques parmi les déterminants du devenir fonctionnel des personnes atteintes de schizophrénie »
Lieu(x)
Salle des conférences HERMANN.Université Lyon 1 - Claude Bernard, Domaine Rockefeller : 8 avenue Rockefeller 69373 Lyon CEDEX 08 (métro Grange Blanche)
Publié le 4 février 2013 Mis à jour le 30 août 2013